Si le gouvernement conservateur se montre si méfiant envers ces nouveaux venus, c'est parce qu'il considère que la majorité de l'électorat partage son avis. A vrai dire, les Canadiens se sentent impuissants face à l'afflux de boat people. En vertu du droit international et de sa propre législation, le Canada est contraint de prendre en considération toute demande d'asile qui lui est présentée, y compris par des personnes en situation illégale. Et une fois qu'un migrant parvient à pénétrer au Canada - parfois en payant plusieurs dizaines de milliers de dollars à un passeur pour arriver sur nos côtes de manière inattendue et dans des conditions dramatiques, et ainsi contraindre les autorités à traiter sa demande d'asile avant les autres - il bénéficie de la protection de la Charte canadienne des droits et libertés [ce qui, en vertu du cadre juridique canadien, lui permet de pouvoir multiplier les recours en justice si son dossier est rejeté]. Les immigrés ont également accès à des soins médicaux d'urgence, au marché de l'emploi, et leurs enfants à nos écoles. C'est pas notre ami Trudeau qui avait fait adopter cette charte :-(, créant ainsi ces trous dans la loi, les problèmes avec les indiens, etc.
Le sujet suscite de vives réactions sur Internet. Les commentaires affluent pour dénoncer les dépenses qu'engendreraient l'accueil et la prise en charge de ces 490 migrants alors que le Canada n'a pas les moyens de s'occuper de ses sans-abri et que ses citoyens font face à de longues listes d'attente avant d'avoir accès à des soins de santé. Certains internautes sont mécontents de voir des demandeurs d'asile demeurer au Canada, même après le rejet de leur demande au terme d'une procédure qui peut prendre des années. En ce qui concerne les Tamouls arrivés la semaine dernière, les gens s'interrogent sur les raisons qui les amènent au Canada. Ont-ils du fait du lèche-vitrines pour trouver quel pays était le plus susceptible de les accueillir ? Le Sri Lanka se trouve à l'autre bout du monde, le bateau a sûrement dû s'arrêter en route pour se ravitailler. Une autre question qui se pose est celle de savoir comment les migrants ont réussi à trouver les fonds nécessaires pour se payer ce voyage. S'ils avaient 50 000 dollars d'économies [38 000 euros], la somme versée aux passeurs, pourquoi n'ont-ils pas pris l'avion et demandé l'asile à leur arrivée à l'aéroport de Vancouver ? Et, compte tenu des dangers qu'ils disent courir dans leur pays, pourquoi le bateau transportait-il autant d'hommes et si peu de femmes et d'enfants ?
Dans un rapport publié le 5 juillet dernier, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés affirme que, même si les demandes d'asile doivent continuer à être considérées sur une base individuelle, le statut de réfugié ne doit plus être accordé automatiquement aux Tamouls du Sri Lanka, car la guerre civile y a pris fin en mai 2009 [après une très dure répression qui a fait des milliers de déplacés]. "Compte tenu de l'amélioration des droits de l'homme et de la sécurité au Sri Lanka", peut-on y lire, "il n'est plus nécessaire de conserver les dispositifs de protection collectifs ni la présomption d'admissibilité pour les Tamouls du nord du Sri Lanka." L'Australie a annoncé le 9 avril qu'elle n'accueillerait plus de réfugiés du Sri Lanka. S'il est probablement vrai, comme des migrants tamouls l'ont écrit dans une lettre adressée aux Canadiens au début de la semaine, que la situation au Sri Lanka reste dangereuse pour de nombreux Tamouls, combien d'êtres humains vivent dans une situation tout aussi dangereuse de par le monde ? Le Canada peut-il tous les accueillir ? Il y a à travers le monde environ 10,5 millions de réfugiés. Avec sa population relativement faible, le Canada accueille chaque année 10 % de l'ensemble des réfugiés réinstallés, soit 10 000 à 12 000 personnes [autant que la France]. Cela ne signifie pas que le Canada devrait enfreindre la loi et ne pas offrir un traitement humain aux nouveaux arrivants tamouls, mais simplement que son accueil relativement froid peut s'expliquer.
Réactions sri lankaises
Alors que les migrants tamouls arrivés à bord du navire MV Sun Sea se présentent comme des civils fuyant les persécutions, le gouvernement du Sri Lanka tient un tout autre discours. Dans le quotidien sri-lankais Sunday Times, le haut-commissaire Chitranganie Wageswara a ainsi déclaré aux autorités canadiennes que des militants indépendantistes étaient cachés parmi les 493 migrants. Il a également ajouté que le voyage aurait été organisé par des organisations liées aux Tigres Tamoules, dont certains membres tentent de fuir le pays depuis la fin de la guerre civile en mai 2009. Pour le site internet TamilNet, solidaire de la diaspora tamoule, "le gouvernement sri-lankais, qui cherche à asservir la diaspora tamoule, trouve l'occasion d'exploiter les sentiments anti-réfugiés et anti-immigrants qui prévalent chez les occidentaux, qui continuent à assimiler 'tamoule' et 'terroriste'". Tamilnet précise aussi que plusieurs organisations et associations de la société civile se mobilisent actuellement pour venir en aide aux tamoules fraîchement débarqués sur le sol canadien.
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